Décidément, l’école aura été un sujet sur lequel nous nous serons beaucoup penchés pendant ce mois de septembre. Peut-être à raison, car les enfants conditionnent beaucoup le rythme de nos vies. Et puis, l’avenir de nos familles, entreprises, dénominations et institutions dépend de ce que nous aurons fait pour et avec eux aujourd’hui.

Lors d’une conférence sur l’entrepreneuriat, un participant émettait le vœu de voir l’entrepreneuriat inséré dans le curriculum scolaire pour être enseigné aux enfants dès le jeune âge. Ce à quoi un des panélistes répondit en s’interrogeant s’il était vraiment possible d’enseigner l’entrepreneuriat à l’école. Cette discussion a été soulevée à maintes occasions. C’est aussi notre réflexion de ce jour.

Répondre à cette question, ou même essayer d’y répondre n’est pas chose aisée. Et les points de vue divergent. Afin de mieux cerner cette question, essayons de faire un retour aux origines même de l’école. Avant de mettre une chose dans l’autre, mieux vaut d’abord connaître leur but ou raison d’être, car lorsque le but d’une chose est ignoré, dit-on, son abus est inévitable. L’école est-elle le lieu indiqué pour apprendre à devenir entrepreneur ?

 

Ecole du Dimanche

Selon l’expert King Kabobole, spécialiste en consultance d’entreprises, l’école était à l’origine l’apanage de l’Eglise. Les familles, surtout les nobles qui en avaient les moyens, y envoyaient leurs enfants, pas pour y apprendre une science, mais pour affiner leurs connaissances afin de s’occuper des affaires familiales. A l’époque, les métiers se transmettaient de génération en génération. On allait à l’école pour y affûter son talent, son métier, et non pour le découvrir.

Durant mon enfance, j’ai aussi remarqué cette pratique dans une communauté étrangère impliquée dans le commerce. Leurs enfants, qui étaient nos camarades de classe, ne fréquentaient l’école que pendant quelques années. Le plus souvent, c’était le cycle primaire complet, et deux ans du C.O (cycle d’orientation). Et c’était tout ! Puis ils quittaient l’école, et allaient rejoindre leurs parents dans le commerce. Ils étaient venus à l’école seulement pour apprendre à lire, écrire et compter.

Comme à cette époque de l’histoire, ces personnes savaient déjà ce qu’ils poursuivaient dans l’enseignement. Elles avaient déjà une identité avant d’aller à l’école. Leurs parents, leurs familles les aidaient déjà à la maison à savoir qui ils sont. Ils connaissaient déjà leur identité, ce n’est pas l’école qui la leur conférait. En fait, l’éducation s’acquérait à la maison, l’identité y était affirmée, et l’école ne servait qu’à leur conférer l’instruction qui va avec.

Pour prendre un exemple, aussi simpliste soit-il, le Dr. Kabobole utilise celui du cheval. Il naît déjà avec ses talents, qui sont révélateurs de son identité et de sa mission. Et c’est en fonction de cette identité et talents qu’il ira à “l’école”, c.à.d. le cercle hippique. Il va y apprendre à mieux galoper, mieux porter quelqu’un sur lui, mieux tirer les charrettes. L’école ne définit pas qui il est, mais l’école affine ou affûte qui il est.

 

L’uniformité en question

C’est à l’époque de Charlemagne que remontent les origines de l’école sous la forme moderne que nous connaissons aujourd’hui. En vue de s’assurer que tous les sujets de son vaste royaume ont accès aux mêmes informations et au même savoir, il va uniformiser et populariser l’enseignement. Mais ceci ne s’est pas fait sans dommage. Car tout le monde devait recevoir le même enseignement.

Avec ce système ouvert au plus grand nombre, on dit au revoir à l’identité individuelle. Plus moyen ni plus la peine de veiller à la spécificité, la particularité de chacun. Maintenant, c’est l’école qui définira votre identité, une “identité d’état”. Après votre graduation (ou collation), vous serez désormais appelé comptable, juriste, ingénieur, économiste. Il existe c’est vrai plusieurs sections, facultés, options, mais peu d’efforts sont véritablement consacrés, à la maison ou à l’école, à la question de l’identité.

 

Retour aux basiques

Alors, est-ce qu’on peut apprendre l’entrepreneuriat à l’école ? Cela dépend de quelle école on parle. Mais effectivement, l’entrepreneuriat est quelque chose que l’on peut “apprendre”. C’est le cas des incubateurs d’entreprises par exemple. Une personne y vient avec son idée, sa particularité, son projet et son individualité. Il y jouira d’un cadre optimal pour le développement de son projet, avec des formations adaptées.

A l’instar de ce cheval du cercle hippique, s’il n’est pas formé, il restera avec son talent mais à l’état brut et donc inutile à la société. Le défi demeure donc celui d’aider les plus jeunes aujourd’hui à prendre le temps de se découvrir, d’avoir le courage de leur individualité, et alors de se former en fonction de qui ils sont déjà, et non de se laisser fondre dans le moule uniforme de tout le monde.

Pour vous,  quelle est la place de l’entrepreneuriat dans l’école d’aujourd’hui ?